La Bête du Gévaudan dans le Bas-Dauphiné ? Une mystérieuse affaire de 1954

Quand la « Bête du Gévaudan » refaisait parler d’elle en 1954


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En janvier 1954, une mystérieuse bête sème l’inquiétude dans le Bas-Dauphiné. Deux chiens sont retrouvés dévorés et d’impressionnantes empreintes sont découvertes dans la région de Corbelin. La presse de l’époque évoque alors, avec une formule spectaculaire, le retour de la « Bête du Gévaudan ».

La coupure de presse reproduite ici porte un titre qui ne pouvait qu’attirer l’œil des lecteurs : « On a relevé les empreintes de la “Bête du Gévaudan” qui croque comme lapins les chiens dans le Bas-Dauphiné ».

L’article est daté de Lyon, le 5 janvier, et la légende du document indique qu’il provient du Télégramme du 6 janvier 1954.

Une mystérieuse bête rôde dans le Bas-Dauphiné

D’après le récit du journal, plusieurs alertes avaient déjà signalé la présence possible d’un lion à La Bridoire, en Savoie. Mais c’est ensuite à proximité de Nivolas-Vermelle, dans l’Isère, que des événements particulièrement inquiétants sont rapportés.

Le quotidien reste toutefois prudent. Il évoque bien une « bête féroce de grande taille », mais envisage également une explication nettement moins extraordinaire : l’animal pourrait simplement être un vieux loup.

Deux chiens dévorés à un kilomètre de distance

Le premier épisode relaté se déroule dans la nuit du 29 au 30 décembre.

Deux chiens, l’un à La Bridoire, l’autre à Corbelin, à environ un kilomètre de distance, auraient été dévorés. Les restes laissés sur place auraient ensuite disparu le lendemain.

La nuit suivante, à Trept, commune située à une vingtaine de kilomètres, un autre chien est signalé « à moitié dévoré ».

La série d’attaques ne s’arrête pas là.

Le dimanche matin 3 janvier, dans la même localité, une chienne de chasse est attaquée et égorgée. Alerté, son propriétaire tire en direction de l’animal, mais ne l’atteint pas.

D’impressionnantes empreintes découvertes

Le même matin, aux Avenières, dans la région de Corbelin, une piste est finalement découverte.

Selon le journal, les traces présentent des « empreintes d’une taille imposante ». Face à ces constatations et à la succession d’attaques, la gendarmerie est alertée.

La coupure conservée s’interrompt précisément à cet endroit. Elle ne permet donc pas de connaître, à elle seule, les conclusions de l’enquête ni l’identification éventuelle de l’animal.

Le spectre de la Bête du Gévaudan

Pourquoi le journal évoque-t-il la Bête du Gévaudan ?

Le rapprochement permet surtout au titre de donner une dimension spectaculaire à cette série d’attaques inexpliquées. Dans le corps de l’article visible sur la coupure, le journaliste se montre en réalité beaucoup plus réservé. L’hypothèse formulée est celle d’une grande bête féroce, peut-être simplement un vieux loup.

Cette différence entre le titre accrocheur et la prudence du récit constitue d’ailleurs tout l’intérêt de ce document d’archives. Près de deux siècles après les événements historiques associés à la Bête du Gévaudan, le nom conservait manifestement suffisamment de force évocatrice pour être employé afin de décrire un animal mystérieux rôdant dans les campagnes françaises.

Document d’archive

Source : Le Télégramme, 6 janvier 1954
Titre de la coupure : « On a relevé les empreintes de la “Bête du Gévaudan” qui croque comme lapins les chiens dans le Bas-Dauphiné »
Lieux cités : La Bridoire, Nivolas-Vermelle, Corbelin, Trept et Les Avenières.

La Bête du Gévaudan le secret dévoilé
La Bête du Gévaudan le secret dévoilé

La Bête du Gévaudan, une affaire qui remonte au XVIIIe siècle

La référence choisie par le journaliste en 1954 renvoie à l’un des faits divers les plus célèbres de l’histoire de France. Entre 1764 et 1767, une série d’attaques attribuées à une mystérieuse « bête féroce » frappe principalement l’ancien pays du Gévaudan, territoire correspondant en grande partie à l’actuelle Lozère et à une partie de la Haute-Loire. Les attaques débordent également vers le Cantal et l’Aveyron. [archives43.fr]

L’affaire prend rapidement une dimension considérable. À une époque où les gazettes connaissent un important développement, les nouvelles du Gévaudan circulent dans le royaume et contribuent à transformer la succession d’attaques en véritable phénomène médiatique. Les récits et les rumeurs prêtent bientôt à la Bête les apparences les plus diverses : animal hybride, créature exotique, loups dressés ou encore intervention humaine. [archives43.fr], [fr.wikipedia.org]

L’émotion est telle que Louis XV intervient dans l’affaire. Des troupes sont envoyées et, en 1765, François Antoine, porte-arquebuse du roi, abat un grand loup qui est alors présenté comme la Bête. Les attaques reprennent cependant par la suite. [fr.wikipedia.org], [archives43.fr]

L’épisode s’achève traditionnellement le 19 juin 1767, lorsque Jean Chastel, paysan de La Besseyre-Saint-Mary, tue un grand loup à La Sogne d’Auvers. Après cette date, aucune nouvelle attaque mortelle attribuée à la Bête n’est signalée dans la province. [fr.wikipedia.org], [archives43.fr]

La véritable nature de la Bête a depuis suscité quantité d’hypothèses. Les documents historiques montrent surtout que le loup constituait alors une menace bien réelle dans ces territoires et que les victimes étaient notamment des enfants isolés qui gardaient les troupeaux. L’étendue de la zone concernée a aussi conduit à envisager l’intervention de plusieurs animaux plutôt que celle d’une créature unique. [archives43.fr]

Pourquoi reparler de la Bête en 1954 ?

C’est précisément la persistance de cette histoire dans la mémoire collective qui donne tout son sens au titre de la coupure de 1954. Près de deux siècles après les événements du Gévaudan, quelques chiens retrouvés dévorés et la découverte d’empreintes de grande taille suffisent pour que la presse ressuscite immédiatement le nom de la célèbre Bête.

Le rapprochement est cependant journalistique et non historique. Rien dans la coupure de 1954 ne permet d’établir un quelconque lien avec les attaques de 1764-1767. Le journaliste lui-même se montre d’ailleurs beaucoup plus prudent dans le corps de l’article que dans son titre, allant jusqu’à envisager la présence d’un simple « vieux loup ».

Cette coupure constitue ainsi un témoignage intéressant de la postérité médiatique de la Bête du Gévaudan : en 1954, son nom est encore suffisamment célèbre et inquiétant pour transformer une mystérieuse série d’attaques animales dans le Bas-Dauphiné en un fait divers spectaculaire.

Pour aller plus loin

Les Archives départementales de la Haute-Loire mettent aujourd’hui à disposition une sélection de documents historiques consacrés à la Bête du Gévaudan et aux loups en Haute-Loire. Les fonds relatifs à l’affaire sont cependant dispersés : certaines pièces se trouvent notamment aux Archives départementales du Puy-de-Dôme et des courriers et rapports adressés au roi et à ses ministres sont conservés aux Archives nationales.



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